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Les incidences de la surdité

Surdité

Les incidences de la surdité sur le développement de l’enfant varient en fonction de la profondeur de la surdité , de l’âge de sa survenue , de la précocité du dépistage et du diagnostic , de son milieu familial, de son entourage et des possibilités intellectuelles de l’enfant .


Incidences langagières:

Peu à peu, en grandissant, l’enfant entendant acquiert la parole, par imitation.
L’enfant sourd, lui, comprend les situations et arrive à se faire comprendre par des gestes simples, des mimiques sur lesquels il finira par mettre des mots (apprentissage des signifiants-signifiés).
Cependant, la structure grammaticale et syntaxique du langage consistera pour l’enfant sourd en un apprentissage et il lui faudra donc beaucoup plus de temps que l’enfant entendant pour émettre des phrases.
Les incidences langagières de la surdité sont variables en fonction de multiples facteurs intrinsèques et extrinsèques.

Les facteurs intrinsèques de la surdité:


- l’âge d’apparition de la surdité
Plus la surdité s’installe précocement, plus les retentissements sont importants sur le développement du langage de l’enfant sourd qui n’a pas ou peu eu le temps de s’imprégner du « modèle » de langage délivré par son entourage ; or on sait que ce temps d’imprégnation, précurseur de celui de l’imitation, est l’élément déterminant dans l’accès au langage oral de l’enfant entendant.

- le type de surdité
Les surdités de transmission (dont le degré de perte auditive maximal s’élève à 60 dB), sont en général moins invalidantes sur le plan du développement langagier que les surdités de perception (dont la perte peut atteindre 120 dB).

- le degré de surdité
Plus la déficience auditive est importante, plus la quantité et la qualité des informations sonores de l’environnement qui parviennent à l’enfant sourd sont restreintes, ce qui entrave l’enfant dans son accès au langage oral.
Bien évidemment, les conséquences sur le développement du langage seront différentes selon le degré de surdité :
· en cas de surdité légère :
l’enfant perçoit correctement la voix à intensité normale, mais pas la voix faible ( par exemple la voix de quelqu’un qui lui tourne le dos) ; Certains éléments phonétiques commencent malgré tout à lui échapper, et il peut confondre des mots proches se distinguant par un phonème différent : par exemple, les mots « gâteau » et « cadeau ».
· en cas de surdité moyenne :
Ø du groupe I : les difficultés de l’enfant sont du même ordre que celles décrites pour les surdités légères, mais elles sont amplifiées.
Ø du groupe II : la parole n’est plus perçue qu’à voix forte et les syllabes finales échappent à l’enfant déficient auditif. Il est particulièrement gêné en ambiance bruyante ou lorsque plusieurs interlocuteurs parlent en même temps, ou bien encore au téléphone, lorsque la lecture labiale n’est pas possible.
Un appareillage et un soutien orthophonique s’avèrent nécessaire pour lui faire acquérir un certain niveau de langage et suivre sa scolarité.
· en cas de surdité sévère :
Même la voix forte est difficilement perçue ; la lecture labiale, l’appareillage et la rééducation orthophonique sont indispensables à une intégration sociale et scolaire.
· en cas de surdité profonde :
L’enfant ne perçoit pas la parole, il ne peut bénéficier que d’informations auditives très faibles de par ses minces reliquats auditifs. En l’absence d’une rééducation orthophonique, d’appareillage et de lecture labiale, l’enfant ne pourra accéder au langage oral.

- la courbe audiométrique
Si la courbe audiométrique présente une dynamique particulière telle qu’un phénomène de recrutement (entraînant une distorsion de la sensation d’intensité), le décodage des perceptions auditives est rendu plus difficile pour l’enfant car les déformations engendrées majorent les difficultés liées à la seule élévation du seuil de perception auditive.

- l’efficacité de l’adaptation prothétique auditive
L’adaptation prothétique ne peut être efficace et donner un gain prothétique optimal que si l’appareillage est précédé d’un diagnostic et de courbes audiométriques rigoureusement établis.

- le caractère évolutif ou non de la surdité

Il est évident qu’une éventuelle aggravation progressive de la surdité vient perturber les repères que l’enfant avait pu se fixer, ce qui nécessite un réajustement récurrent de ces repères.

- le caractère uni ou bilatéral de la surdité

On conçoit bien qu’une atteinte bilatérale soit plus invalidante qu’une atteinte unilatérale dans le développement de l’enfant.


Les facteurs extrinsèques de la surdité:

- les potentialités intellectuelles de l’enfant sourd
Celles-ci doivent être effectives car l’accès au langage oral demande une certaine capacité d’abstraction.

- la prise en charge adaptée de l’enfant sourd
Une équipe pluridisciplinaire compétente assure le suivi régulier de cette prise en charge.

- les stimulations environnementales adaptées
Il est indispensable au développement harmonieux de l’ enfant, tant sur le plan de l’équilibre psycho-affectif que sur celui du langage oral, que ses parents soient motivés et investis dans son éducation, et le stimulent notamment par un bain de langage adapté.


Incidences sur la voix et l’articulation:

Le contrôle du timbre et de la hauteur de la voix est imparfait chez l’enfant sourd.
Comme nous l’avons déjà expliqué, le bébé sourd entre quatre et cinq mois émet des vocalises parfaitement similaires à celles de l’enfant entendant. Ce n’est que plus tard que sa voix peut se détériorer.
Le manque de contrôle audiophonatoire de l’enfant sourd peut entraîner des nasalisations (dues à un manque de prise de conscience de la fermeture du voile du palais) et des confusions entre des voyelles proches comme le [u] et le [y] par exemple.


Les incidences psychologiques:

Au début de la vie, la communication des enfants sourds comme des enfants entendants est faite de gestes, de mimiques, de situations qui amènent l’enfant à obtenir la satisfaction de ses besoins. Naturellement, l’enfant entendant perçoit, lui, la voix de sa mère qui le rassure.
L’enfant sourd est souvent vulnérable, impulsif et peut s’adonner à des colères violentes qui peuvent être dues au simple fait de se voir incompris, mais aussi à une décharge d’angoisse en cas de surprise par exemple. Il ne faut pas oublier que l’enfant sourd doit suppléer à son manque auditif par la vision qui ne compense pas complètement la fonction d’alerte, c’est pourquoi si une personne arrive rapidement derrière lui et qu’il n’a pas senti sa présence, cela peut engendrer chez lui une véritable panique.
L’enfant peut ainsi devenir « caractériel » ou agressif car il ne comprend pas toujours les réactions de son entourage et ce qu’il perçoit comme des frustrations qu’il et croit être imposées arbitrairement par son environnement.
La surdité peut entraîner des maladresses à l’égard de situations ou de personnes ; la crainte de voir se renouveler ses « gaucheries » peut lui faire perdre sa confiance en lui. Ce genre d’échecs en situation de communication peut également entraîner une perte de l’estime de soi et une tendance au repli sur soi.


Les incidences motrices:

La représentation acoustique de l’environnement qui normalement se structure de 0 à 3 ans ne se fait pas de manière spontanée chez l’enfant sourd. En effet, l’audition a une importance capitale dans le repérage spatial par l’analyse des bruits qui rendent compte des volumes, des dimensions, des mouvements, de la profondeur, du relief...
L’enfant déficient auditif, qui ne dispose pas ou peu de telles informations issues du canal auditif, a effectivement des difficultés à appréhender correctement l’espace, ce qui peut se manifester par un retard psychomoteur et une certaine maladresse (difficultés à coordonner certains mouvements, troubles de l’équilibre...)
De même, les rythmes et la notion de durée sont des éléments habituellement analysés par le système de l’audition, l’enfant sourd perçoit mal la succession des événements ; son appréhension du temps est perturbée. Il est souvent figé, perdu, il a du mal à anticiper.


Les incidences sur les facultés intellectuelles et mnésiques:

Les facultés intellectuelles:

La surdité en elle-même ne retentit pas sur l’intelligence d’un enfant. Néanmoins, les conséquences directes de la surdité (telles que les troubles ou retard de langage) et un manque de soutien de l’environnement de l’enfant peuvent rendre difficiles certaines acquisitions.
En effet, l’insuffisance langagière que peut engendrer la surdité entraîne parfois un retard dans le développement cognitif, notamment dans les acquisitions intellectuelles liées à la perception du temps et de l’espace sur le plan du raisonnement et de l’abstraction.

Les facultés mnésiques:

L’enfant déficient auditif se sert beaucoup de sa vision pour se souvenir ( sa mémoire visuelle est surdéveloppée) en compensation des informations auditives dont il ne dispose pas.


Les retentissements de la surdité sur la personnalité de l’enfant et de l’adolescent sourds:

Il existe des traits de personnalité que l’on retrouve souvent chez l’enfant et le jeune déficient auditif, et qui sont les conséquences d’une blessure narcissique relative au fait qu’il doive se construire à partir de l’image d’un corps qui n’est pas parfaitement bien portant.
Les symptômes qui peuvent découler de cette blessure narcissique sont les suivants :
· l’anxiété, le manque de confiance en soi, l’instabilité, l’intolérance à la frustration, car l’enfant tente de comprendre par tous les moyens les événements qui se produisent dans son environnement.

· l’enfant sourd peut aussi se montrer irritable, agressif ou même violent, ou à l’inverse, se replier sur lui-même quand il ne parvient à s’adapter à une situation ; on peut noter qu’il est rassuré par des rituels, des repères stables qui se répètent dans le temps.

· un certain mal-être, une tendance à la dépression, notamment à la période de l’adolescence, quand le jeune déficient auditif prend conscience du fait que la surdité limite les relations sociales, le choix des études et d’un métier, les possibilités de rencontres amoureuses, ce qui amplifie la vulnérabilité propre à l’adolescence.

Leurs difficultés de symbolisation mènent parfois les jeunes déficients auditifs sur le chemin des « passages à l’acte » qui témoignent de leur rejet des soins dont ils sont l’objet. On peut alors observer un refus de poursuivre la rééducation orthophonique, le rejet de la prothèse, ou de l’implant. On peut considérer que ce sont là des tentatives pour s’autonomiser et se séparer de leur parents dans ce qu’ils ont représenté de contraintes.
Cependant il est nécessaire de souligner que la surdité est un attribut aux conséquences aléatoires et qu'il n'existe pas de psychopathologie spécifique de la surdité, mais qu’il existe des personnes sourdes qui souffrent chacune à leur manière de ses effets.


Retentissement de la surdité chez les parents et la fratrie:

Les parents:


Lorsqu’au sein d’une famille naît un enfant porteur d’un handicap, une « blessure narcissique » est infligée à ses parents dont l’équilibre psychologique s’en trouve normalement perturbé. Il faut cependant que l’équipe pluridisciplinaire qui suit l’enfant sourd soit vigilante à ce que ces perturbations réactionnelles non pathologiques demeurent transitoires afin que les potentialités d’épanouissement psychoaffectif de l’enfant ne s’en trouvent limitées ou compromises. Les parents ont donc besoin d’un lieu de parole pour exprimer ce qu’ils ressentent à la suite de ce bouleversement du noyau familial.
Fragilisés sur le plan affectif par un sentiment de culpabilité vis-à-vis du handicap de leur enfant, certains parents peuvent manifester une tendance à la dépression (et donc avoir de moindres exigences éducatives) ou à la surprotection (et ainsi empêcher leur enfant de réaliser les expériences qui s’offrent à lui).
A l’inverse du sentiment de culpabilité, les parents peuvent également afficher un certain déni du handicap de leur enfant. Un tel positionnement a l’effet de placer inconsciemment l’enfant sourd dans une situation de maltraitance, puisqu’il n’est pas reconnu tel qu’il est, et qu’il est placé face à des exigences qui dépassent ses capacités.

La fratrie:

Le thème de la rivalité fraternelle qui est impliqué dans la majorité des rapports entre frères et soeurs se montre ici compliqué par le handicap que présente l’un des enfants de la fratrie.
Le support de la jalousie fraternelle reconnue comme étant le partage du temps et de l’affection des parents entre les enfants est ici d’autant plus douloureusement ressentie par la fratrie car le frère ou la soeur sourd(e) est nécessairement l’objet de plus de soins de la part des parents (certains parents souhaitent réduire leur activité professionnelle afin de pouvoir passer plus de temps avec leur enfant). La jalousie fraternelle ne peut donc qu’en être renforcée.
De plus, cette jalousie, qui est ordinairement culpabilisée, est encore exacerbée car les frères et soeurs s’en veulent de ressentir un tel sentiment à l’égard de l’enfant sourd qui est malade et qui devrait plutôt être l’objet de leur compassion. Pour compenser ce sentiment de culpabilité, la fratrie peut alors manifester une surprotection vis-à-vis de l’enfant sourd, ou à l’inverse, une forme de désistement en s’effaçant au profit du plus souffrant de la famille, cherchant à épargner ses parents qu’elle sait éprouvés.
Cependant il faut souligner qu’être le frère ou la soeur d’un enfant sourd peut également induire une sensibilité grandie dans les rapports humains, apporter la tolérance et l’envie de se dévouer à une grande cause, d’agir en fonction des intérêts collectifs.

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